dimanche 30 janvier 2011

Vision aveugle

Il existe une façon de voir inconsciente, plus primitive, qui agit directement sur nos émotions. C'est stupéfiant. Les conséquences et applications doivent être nombreuses :En art, sport, communication ...

Voici la transcription plus ou moins fidèle d'une émission de France Inter entendue samedi 29 Janvier "sur les épaules de Darwin"


Que signifie voir ?
Voir ce que l'on ne sait pas qu'on a vu.

La vision aveugle

Lorsqu'on présente dans son champs visuel aveugle à une personne qui a une lésion du cortex cérébral visuel (aveugle donc) , lorsqu'on lui présente une photo d'un visage et que l'on mesure la dilatation des pupilles, la sueur, le changement du rythme cardiaque, on découvre que la personne répond sans le savoir aux émotions exprimées par le visage sur la photo, la joie ou la peur.
La personne ressent une émotion même si elle ne sait pas qu'elle la ressent.
Mais si l'on présente une photo d'un visage ayant une expression neutre, il n'y a pas de réactions.
Si on mesure la contraction des muscles du visage de la personne qui regarde la photo, on découvre qu'elle commence à mimer l'expression du visage, qu'il y a une ébauche de contraction des muscles impliqués dans le sourire si le visage a une expression joyeuse ou l'ébauche de contraction des muscles impliqués dans le froncement des sourcils si le visage exprime la peur, suggérant que les neurones miroirs de la personne en train de regarder sont en train de faire ressentir chez la personne qui ne sait pas qu'elle est en train de voir l'expression, l'émotion qu'elle voit sans le savoir sur le visage de l'autre.

Que signifie voir ?
Que signifie être conscient de ce que l'on voit ?

Lorsqu'on ne dit rien à la personne aveugle en lui projetant les images, elle réagit mais dit qu'elle n'a rien vu. Elle ne sait pas qu'elle réagit à quelque chose.
Si on lui demande qu'est ce que vous voyez, elle répond "rien".
Mais si c'était une émotion, ce serait de la joie ou de la peur ? La personne répond alors le plus souvent correctement.
Si son attention est attirée  sur ce qu'elle voit sans le savoir, si on lui dit qu'elle peut simplement deviner, se jeter à l'eau, alors elle devient capable de dire avec des mots ce à quoi elle a réagit sans le savoir.
C'est comme si l'attention, dans la vision aveugle faisait émerger l'inconscient à la conscience incomplètement dans un entre deux ou se mêle la conscience et l'incertitude.
C'est comme si la frontière entre vision inconsciente et vision consciente était une question de degré et non de nature. Mais ce qui peut alors émerger à la conscience est partiel, incomplet.
Ce n'est pas le surgissement à partir de l'inconscient de l'équivalent de la vision habituelle. c'est une partie des caractéristiques du monde qui nous entoure. c'est une reconnaissance des formes simples, des objets qui apparaissent et qui disparaissent, de leur volume, de certains mouvements, de certaines couleurs, des émotions exprimées par des visages, mais pas de l'identité de ce visage, ni de son caractère sexué.

Un autre découverte importante est que si l'on compare la réponse (dilatation de la pupille,changement de rythme cardiaque,sueur, ébauche de contraction des muscles) d'une personne à une photo présentée dans le champs visuel aveugle à l'effet de la même photo présentée dans le champs visuel non atteint, la réponse est plus rapide et plus intense dans la vision aveugle que dans la vision consciente. Comme si le traitement de l'image élaboré dans le cortex visuel, comme si la conscience atténuait la réaction spontanée. Le signal visuel perçu a plus d'effets lorsqu'il est perçu dans une autre région du cerveau que dans le cortex visuel.

Mais quelle est cette région qui permet de voir et de répondre a ce que l'on ne sait pas qu'on a vu ?

Les influx nerveux qui proviennent de la rétine suivent au moins deux trajets différents en parallèle.
L'un de ces trajets gagne le cortex visuel du cerveau, celui qui est impliqué dans la vision consciente et l'autre gagne une petite région, une région plus ancienne en terme d'évolution du vivant appelée colliculus.
Chez les poissons et les oiseaux, c'est la principale structure du cerveau qui est activéee par la rétine. Chez les mammifères et les primates, c'est le cortex visuel qui est principalement impliqué dans la vision.
Mais l'imagerie cérébrale révèle que cette petite région et d'autres régions impliquées dans les émotions, les réponses motrices, les gestes, sont activées au cours la vision aveugle.
Et chez les personnes n'ayant pas de visions cérébrales, cette région est activée plus vite et pour des seuils d'activation plus faible que le cortex visuel. La vision pleinement consciente , celle qu'élabore le cortex visuel, est plus riche mais plus lente et nécessite un évènement visuel plus intense pour se déclencher que la vision aveugle.

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